La Bataille d’Eylau

Par payou

L’Attaque débordante de Davout

Nous avons laissé, après 10 heures, la division Friant, appuyée par le 51e , marcher sur Sausgarten que défend Boggowout. Friant jette la brigade Lochet sur le village et s’ en empare, mais la division Kamenski accourt, tourne le village par l’ est et en chasse Lochet. Davout dirige alors au secours de Friant le général Petit, avec le 12e et une partie de l’ artillerie Gudin. Friant reprend l’ offensive, chasse définitivement l’ ennemi de Sausgarten et replie le général Ostermann qui, après avoir tenté de reprendre Serpallen, a pris position à hauteur de Sausgarten. Friant gagne alors les bois au sud de Kuschitten et se prépare à aborder le hameau d’ Anklappen, situé sur les arrières mêmes de l’ armée russe. Ce mouvement offensif contribue à dégager la division Morand, en ligne à la gauche de Friant. Morand avait débouché de Serpallen et déployé la brigade Brouard; à l’ arrivée de Gudin, il fait entrer en ligne, à la gauche de Brouard, la deuxième brigade d’ Honnières pour relier Saint-Hilaire. De son côté, Bennigsen, inquiet des progrès de l’ aile droite française, a dirigé contre elle les divisions Ostermann et Kamenski. Kamenski échoue contre Friant à Sausgarten tandisqu’ Ostermann, soutenu par 30 bouches à feu, se lance tête baissée contre l’ infanterie de Morand et de Saint-Hilaire, mais les Russes sont rejetés en désordre et abandonnent leur artillerie. A ce moment un corps de réserve russe que Saint-Hilaire n’ avait pu voir déboucher contre sa droite formée du 10e léger, la bouscule et charge ensuite la gauche de Morand, permettant ainsi à Ostermann se se dégager. Enfin, l’ intervention d’ une brigade de la cavalerie Klein, qui s’ est reformée de ce côté après avoir chargé avec Murat, appuie le mouvement de Saint-Hilaire et de Morand. Quand à Gudin, Davout l’ a porté en avant, entre Saisgarten et Anklappen, de telle sorte que tout son corps d’ armée se trouve échelonné sur une ligne oblique, formée à droite par la division friant qui est couverte sur son flanc et ses arrières par la cavalerie Marulaz, au centre par Gudin, et à gauche par Morand qui occupe les hauteurs au nord de Serpallen. Alors, appuyé de nouveau par la cavalerie Milhaud, davout reprend l’ offensive : friant nettoie les bois au sud de Kuschitten, fait occuper Lampasch et gagne le plateau de Kuschitten; Gudin dirige la brigade Gauthier sur Anklappen dont elle s’ empare; Kuschitten est pris par le 51e, soutenu par quatre compagnies du 108e; une tentative d’ Ostermann et de Kamenski pour reprendre ce village échoue. Il est plus de 15 heures et l’ aile droite a complètement rempli sa mission, refoulé l’ aile gauche russe et gagné les derrières de l’ armée ennemie. La journée paraît terminée et cependant Bennigsen ne se met pas en retraite : d’ une part, l’ approche de Lestocq lui est signalée et, d’ autre part, Napoléon n’ a pas de réserves pour achever la défaite de l’ armée russe et il attand lui-même l’ entrée en ligne de Ney ….

Seize Heures, arrivée de Lestocq

Lestocq a fait un détour par tiefensee sur Hussehnen où il a reçu, le 7 au soir, l’ ordre de rallier l’ armée par Althoff. La fatigue de ses troupes l’ oblige à différer son départ jusqu’ à 8 heures du matin; il compte suivre le chemin le plus court, par Wackern. De son côté, Ney est parti de son bivouac près de Landsberg le 8 à 6 heures du matin, se dirigeant vers Kreuzburg. Son aide de camp, Fézensac, envoyé le 7 au soir au quartier général, quitte Eylau le 8 à 9 heures du matin pour porter à Ney l’ ordre pressant de rejoindre; il passe par Landsberg pour éviter les cosaques et rejoint Ney à 14 heures. Celui-ci se met en marche sur Althoff; son avant-garde se heurte, vers Wackern, à l’ avant-garde de Lestocq qui se rejette plus au nord. Ney, voulant le couper d’ Althoff, culbute ses arrière-gardes à Schlautienen et à Pompecken, mais Lestocq esquive habilement une affaire générale, gagne de vitesse son adversaire et débouche par Graventin sur Althoff. Il marche aussitôt sur Schmoditten qu’ il atteint vers 16 heures et bennigsen le dirige à la hâte sur Kuschitten. Bien que fort d’ environ 9 000 hommes répartis en 12 bataillons, 36 escadrons et 3 batteries, le corps prussien ne compte plus dans le rang que 7 000 hommes, Lestocq ayant envoyé des détachements sur la Frisching pour occuper les points de passage et ayant laissé 600 hommes à Althoff où ils seront enlevés par Ney. Lestocq rallie les débris des divisions Ostermann et Kamenski et reprend facilement le village de Kuschitten. friant est forcé d’ abandonner les bois au sud et Gudin le hameau d’ Anklappen. Mais Davout accourt, porte le reste de la division Gudin en soutien de la division Friant, réunit toute son artillerie sur le plateau entre Sausgarten et les bois et il arrête tous les efforts de Lestocq pour déboucher de ces bois. La nuit tombe et le combat cesse de ce côté …..

Dix-neuf heures : L’arrivée de Ney

Enfin à 19 heures, Ney débouche sur Altdorff. Napoléon le dirige sur Scloditten dont il s’ empare avec l’ appui de la cavalerie de Soult. Une tentative des Russes pour reprendre ce village échoue. Dès lors, Bennigsen, voyant son aile gauche tenue en échec par Davout, son aile droite menacée par Ney et craignant peut-être l’ arrivée de Bernadotte, se décide à battre en retraite pendant la nuit. Les Français restent maîtres du champ de bataille, ce qui n’ empêche pas Bennigsen de proclamer partout qu’ il a vaincu Napoléon :  » J’ ai le bonheur d’ instruire que l’ armée que Votre Majesté a daigné me confier vient de remporter une nouvelle victoire …. » 
L’ armée alliée s’ écoule par la route de Mulhausen sur Königsberg et celle de Domnau sur Wehlau. Napoléon bivouaque sur le champ de bataille pour affirmer sa victoire; il y séjournera jusqu’ au 17 février. Des deux côtés les pertes sont énormes.

Les Pertes

Pertes françaises

De 1 500 à 3 000 tués et 4 300 à 7 000 blessés selon les sources. Roguet indique 1 900 tués et 5 700 blessés; il ajoute que tous les morts furent enterrés dans la journée du 10 février. D’ après une note de Berthier sans date et citée par von Lettow, les pertes se seraient élevées à 29 634 hommes dont 237 officiers et 4 893 hommes tués, 784 officiers et 23 589 hommes blessés et 1 152 prisonniers. Le 7e corps (Augereau) a lui seul a 929 tués et 4 271 blessés. bennigsen indique également 5 aigles prises : celles des 4e de ligne (2e bataillon), 14e de ligne (1er bataillon), 18e de ligne (2e bataillon), 44e (1er bataillon), 51e de ligne (pris par les prussiens).

Pertes Russes

D’ après Bennigsen, 9 000 hommes tués et 7 000 hommes blessés; dans ce nombre 700 officiers et 9 généraux blessés.
D’ après le major Both, l’ armée russe perdit 7 000 morts; 5 000 hommes blessés dangereusement restèrent sur le champ de bataille; 14 900 furent transportés à Königsberg, dont la plupart moururent par suite du froid. Les Prussiens perdirent 900 hommes morts ou blessés.
Le Journal des opérations du 4e corps indique la prise de 16 drapeaux, 24 canons et de nombreux caissons.

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